Face aux sécheresses et aux inondations à répétition, l’agriculture doit faire face à une crise de l’eau, en grande partie liée à la dégradation des cycles locaux. Garder l’eau dans les paysages, éviter le ruissellement et recharger les nappes, telles sont les intentions de « l’hydrologie régénérative ». Derrière cette approche de l’eau se cache une idée simple : il faut ralentir l’eau pour qu’elle s’infiltre dans le sol.

 

 

 

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Rencontre avec Samuel Bonvoisin, Ingénieur agronome et co-fondateur de l’association pour l’hydrologie régénérative

Vous proposez de gérer les excès et les manques d’eau avec l’hydrologie régénérative, c’est-à-dire ?

« Pendant 70 ans, nous avons cherché à accélérer l’eau pour qu’elle quitte le plus rapidement possible les terres. L’hydrologie régénérative est une approche différente de l’eau. Elle vise à transformer les paysages pour ralentir et infiltrer l’eau de pluie. Cela nécessite d’observer le parcours de l’eau et de créer des aménagements prenant en compte le type de sol, la pente, le relief, les cultures, les saisons, le risque d’inondation ou l’érosion…

 

L’infiltration de l’eau de pluie dépend de la structure du sol. Comment améliorer sa capacité de stockage ?

Un sol poreux et stable permet d’infiltrer de 100 à 200 mm d’eau de pluie par heure. Au contraire, une structure dégradée (croûte de battance, compaction) limite fortement l’infiltration de l’eau de pluie, ce qui génère du ruissellement et limite la recharge en eau du sol. La matière organique détermine aussi la capacité de rétention d’eau des sols. Nous assistons à un recul de la matière organique, nous sommes passés de 4 % après-guerre à 1,5 % en moyenne aujourd’hui. Nous avons donc perdu l’équivalent de 15 000 mégabassines de capacité de stockage d’eau dans nos sols. En remontant de 1 % la matière organique dans le sol, nous retrouverions l’équivalent de la capacité de stockage d’une pluie de 15 mm, soit un volume de stockage de 150 m³ d’eau supplémentaire par hectare. 

 

Quelles sont les bonnes pratiques pour « cultiver l’eau de pluie » et la restituer aux plantes et au sol quand l’eau vient à manquer ?

L’eau de ruissellement est perdue pour les cultures et le sol. Le ruissellement peut être limité par des pratiques agricoles adaptées (couvert, rotation de cultures, sillons en travers de la pente, amendements organiques…) et des aménagements simples comme des haies, des baissières, des noues, des fossés à redents… L’idée n’est pas d’arrêter le labour mais de le faire au bon moment, en évitant les périodes de gros orages ou de fortes pluies qui risquent d’emporter la terre fertile vers les cours d’eau. »

 

Les leviers pour limiter le ruissellement : la stratégie CRIST

  • Couvrir : maintenir un sol couvert (végétation, interculture) pour le protéger de l’érosion, de la chaleur (qui peut atteindre 70°C sur sol nu) et préserver sa perméabilité.
  • Ralentir : casser la vitesse des écoulements avec des aménagements : haies, bandes enherbées, fossés à redent, fascines…
  • Infiltrer : favoriser la pénétration de l’eau dans la terre pour recharger les nappes phréatiques et les sols.
  • Stocker : utiliser le paysage et surtout le sol comme une éponge pour garder l’eau à disposition des cultures.
  • Transpirer : densifier la végétation pour que les plantes renvoient l’humidité dans l’atmosphère, rafraîchissant ainsi le microclimat.

 

Cultiver l’eau douce Du jardin de pluie à l’hydrologie régénérative, des solutions concrètes pour régénérer nos écosystèmes. Samuel BONVOISIN – François GOLDIN – Antoine TALIN  

 

Publié le 05/10/2026